Samedi 12 mars 2005 6 12 /03 /Mars /2005 00:00

"Multinationales 2005 » : 50 firmes passées au crible


Illustration : « Multinationales 2005 » : 50 firmes passées au crible
 
« Ni diabolisation, ni complaisance ». Cet ouvrage réalisé par deux journalistes économiques dresse le portrait des plus grandes entreprises mondiales, d’ExxonMobil à Danone, en passant par Disney, Vivendi, Nike, Nestlé…Impacts sociaux, environnementaux, affaires, salaire des dirigeants, lobbying : une enquête qui rejoint le mouvement de « contrôle citoyen » de ces entreprises qui remplissent notre quotidien sans que nous connaissions réellement leur identité et surtout, leur pouvoir.

« L’ouvrage n’est ni un brulôt ni un pamphlet, nous faisons simplement le constat que les multinationales sont partout, et remplissent notre vie quotidienne sans qu’on en ait conscience », expliquent les deux auteurs de « Multinaltionales 2005 », Walter Bouvais et David Garcia. Axa, Carrefour, Coca-Cola, Danone, Enron, Halliburton, Lagardère, Mac Donald’s, Mattel, Monsanto, Microsoft, Nike... Ces deux journalistes dressent un état des lieux à partir des rapports annuels des entreprises, des rapports d’ONG, des informations données par les syndicats, les salariés, etc. « Ce guide a l’ambition de décrypter l’impact des firmes multinationales sur notre vie quotidienne. À commencer par l’influence qu’elles exercent sur les gouvernements pour obtenir des lois et des règlements conformes à leurs intérêts », expliquent-ils. 50 multinationales sont ainsi passées au crible. Actionnariat, bénéfices, implantations, impacts sociaux, environnementaux, fraudes, démêlées judiciaires, activités de lobbying auprès des pouvoirs publics…Les auteurs dressent le portrait de groupes essentiellement américains mais également français, tous secteurs d’activités confondus, et expliquent que « la question posée par le livre est : de quelles entreprises voulons-nous ? En tant que partie prenante de la vie de la cité, les multinationales ont des responsabilités. Les considérer comme des entités autonomes, déconnectées de la société et, à ce titre, libres de revendiquer une liberté absolue, sans entraves, sans obligation de rendre des comptes, hormis à leurs actionnaires, n’a pas de sens ». L’ouvrage s’inscrit dans les mouvements actuels de « contrôle citoyen » des multinationales, contrôle qui prend différentes formes : le best-seller « No logo » de Naomi Klein, les campagnes de boycott des marques, mais aussi la voie judiciaire, avec des plaintes collectives d’employés (« class action aux USA »), ou bien les protestations contre l’implantation de certaines entreprises. Dernier exemple en date : ces protestations ont récemment visé Coca Cola en Inde, où un collectif de femmes s’est battu contre la main mise du groupe sur les ressources en eau –il faut en effet 9 litres d’eau pour faire un litre de Coca Cola- et la dégradation d l’environnement. La tenue de manifestations à répétition a réussi à faire fermer une usine du groupe, située dans un état du Nord de l’Inde. Aux Etats-Unis, la campagne « Stop Killer Coke » a relancé la mobilisation contre le groupe, tandis que l’activiste actionnarial Max Keiser vient de créer un fonds spéculatif contre la multinationale. Objectif affiché : faire plonger le titre en bourse.

« Non à Wal-Mart »

Autre exemple très symbolique de ce mouvement recensé dans le livre, le leader mondial de la distribution Wal-Mart doit faire face depuis deux ans à une vaste campagne d'opposition à son implantation aux Etats-Unis, et particulièrement en Californie. La faiblesse de la politique sociale et éthique du groupe est au coeur de cette mobilisation sans précédent, et de nombreux conseils municipaux, dont celui de Los Angeles, ont adopté une législation interdisant l'implantation de nouveaux centres commerciaux dont la surface est supérieure à 10 000 m2 environ. Les associations « anti Wal-Mart » ont en outre obtenu la mise en place d’un référendum, dans la ville californienne d’Inglewood, sur l’implantation d’un magasin du groupe. Verdict : les habitants ont voté « non », estimant que les impacts locaux seraient trop négatifs. Si, en France, les pratiques de boycott sont encore peu répandues, d’autres types d’initiatives de « contrôle citoyen » voient le jour. Le Forum citoyen pour la responsabilité sociale de l’entreprise est ainsi né en juillet 2004 pour rassembler les représentants de la société civile - les Amis de la Terre, Amnesty International, CFDT ,CGC ,CGT, CRID, France Nature Environnement , Greenpeace France et Alternatives Economiques-. Objectif : se réapproprier la question de la RSE , « qui est trop importante pour être laissée aux seules mains des entreprises », selon le président du Forum Eric Loiselet. « La France se vante d’avoir adopté une loi sur le reporting sociétal des entreprises, mais elle n’est pas appliquée en dehors de quelques cas exemplaires », observe –t-il. L’enjeu consiste donc aujourd’hui à introduire un contrôle démocratique sur les impacts sociaux et environnementaux des entreprises. Car, d’une part, les multinationales ont besoin de la collectivité et de ses infrastructures pour développer leurs activités, et d’autre part, comme tout acteur de la société, elle doivent également rendre des comptes.

 

« Multinationales 2005 », par Walter Bouvais et David Garcia.
Editions danger public, 2005, 25 euros.

Par claire souvigne - Publié dans : éthique et entreprise
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Concours

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus